Le slugging est une tendance de TikTok, issue de la K-beauty, qui a divisé le monde du skincare en deux camps. Les uns jurent par la vaseline comme dernier geste de routine, les autres agitent l’épouvantail des comédons. Voyons ce qu’en dit la dermatologie — et quand l’occlusion a du sens, et quand il vaut mieux s’en passer.
Qu’est-ce que le slugging, exactement ?
Le slugging est le dernier geste du soin du soir, consistant à appliquer une fine couche d’un produit occlusif — le plus souvent de la vaseline (petroleum jelly) — sur tout le visage. Le nom vient de l’anglais « slug » (limace/escargot), car au réveil le visage luit comme un escargot après la pluie.
La tendance a explosé sur TikTok en 2021, mais ses racines sont en réalité dans la K-beauty, où l’occlusion est utilisée depuis des décennies. Les grands-mères coréennes s’enduisaient le visage de vaseline bien avant qu’un influenceur n’en fasse une vidéo. En dermatologie, l’occlusion est une technique bien connue — utilisée par exemple après des traitements laser ou des peelings profonds pour protéger la peau pendant la phase de régénération.
Mécanisme : pourquoi ça marche au juste ?
Pour comprendre le slugging, il vaut la peine de connaître un acronyme : TEWL — Transepidermal Water Loss, c’est-à-dire la perte d’eau transépidermique. C’est le processus par lequel l’eau des couches plus profondes de la peau s’évapore à travers l’épiderme vers l’extérieur. Il est naturel et inévitable, mais s’intensifie lorsque la barrière cutanée est altérée — par l’air sec, le vent, une exfoliation excessive ou après des procédures.
La vaseline crée une barrière physique à la surface de la peau qui réduit drastiquement la TEWL. Des études dermatologiques ont montré qu’elle peut diminuer la perte d’eau transépidermique jusqu’à 98 %. À titre de comparaison : l’huile minérale réduit la TEWL d’environ 20–30 %, et la lanoline d’une valeur similaire.
Important : la vaseline n’hydrate pas la peau au sens classique — elle n’apporte pas d’eau. Elle enferme l’eau déjà présente. Elle agit comme un film alimentaire sur un bol de salade — elle n’ajoute pas de saveur, mais empêche le dessèchement.
Le grand mythe : la vaseline bouche les pores
« Mais la vaseline est comédogène ! » — cet argument revient comme un boomerang dans chaque discussion sur le slugging. Déconstruisons-le.
La vaseline de qualité pharmaceutique a un indice de comédogénicité de 0–1 sur une échelle de 0 à 5. À titre de comparaison : l’huile de coco, que beaucoup de personnes appliquent sur le visage sans hésiter, a un indice de 4. Le beurre de cacao — 4. Les molécules de vaseline sont trop grosses pour pénétrer les orifices des glandes sébacées — elle « reste » littéralement en surface comme une couverture, sans pénétrer en profondeur.
Une étude publiée en 2016 dans le Journal of Cosmetic Dermatology a confirmé que l’utilisation régulière de vaseline sur le visage n’augmente pas l’incidence des comédons chez les personnes à peau normale et sèche.
La vaseline ne bouche pas les pores en soi — mais elle peut emprisonner tout ce que vous appliquez en dessous. Si sous la vaseline se trouvent du maquillage, du sébum ou des bactéries — l’occlusion les enfermera avec l’eau. C’est pourquoi le slugging ne fonctionne que sur une peau parfaitement nettoyée — UNIQUEMENT.
Quand le slugging change vraiment la donne
Le slugging peut réellement être utile dans des situations précises :
- Peau sèche et déshydratée — si la peau pèle en permanence, est tendue, que la crème s’absorbe en une seconde et que la sécheresse revient aussitôt, l’occlusion peut être l’élément manquant. Vous hydratez, vous hydratez, mais l’eau s’échappe — la vaseline empêche cette fuite.
- Après le rétinol — la rétinisation (sécheresse, desquamation, sensations de brûlure) est un cas classique de barrière altérée. De nombreux dermatologues recommandent le « sandwich au rétinol » : hydratant → rétinol → vaseline. L’occlusion apaise l’irritation et permet au rétinol d’agir.
- Hiver et chauffage — l’air des logements chauffés voit son humidité chuter à 20–30 %, la peau perd de l’eau à une vitesse éclair. Le slugging en hiver peut sauver toute peau qui souffre durant la saison de chauffage.
- Après des procédures en cabinet — peelings, microneedling, traitements laser — après chacun d’eux, la peau a besoin d’une protection occlusive pendant la convalescence.
- Lèvres et contour des yeux — même si vous ne voulez pas enduire tout le visage, le slugging sur les lèvres et sous les yeux peut convenir à tous les types de peau.
Quand le slugging est une mauvaise idée
Le slugging ne convient pas à tout le monde ni à toutes les situations :
- Peau grasse et acnéique — si la peau produit un excès de sébum, ajouter de l’occlusion crée des conditions anaérobies, chaudes et humides, que les bactéries Cutibacterium acnes apprécient particulièrement. Résultat possible : de nouvelles lésions inflammatoires et une aggravation de l’acné.
- Rosacée et peau sujette à la couperose — l’occlusion crée un effet de serre, augmentant la température cutanée sous la couche de vaseline. Pour une peau avec rosacée, qui réagit à la chaleur par une vasodilatation et des rougeurs, c’est un facteur qui aggrave souvent les symptômes.
- Inflammations actives — eczéma, dermatite atopique en poussée, mycose — l’occlusion enferme les agents pathogènes et les médiateurs de l’inflammation sous la barrière.
- Climats chauds et humides — lors des canicules d’août, quand l’humidité atteint 70 %, la peau ne perd pas autant d’eau, et une occlusion supplémentaire peut conduire à une surchauffe et à la transpiration.
Alternatives : slugging 2.0
Si l’idée de l’occlusion vous séduit mais que la vaseline pure n’est pas votre truc — vous avez des options :
- Squalane — huile légère, biomimétique, identique au squalène naturel de la peau. Occlusion douce mais efficace. Indice de comédogénicité : 1. Bonne option pour les peaux mixtes.
- CeraVe Healing Ointment — un produit à base de petrolatum, de céramides et d’acide hyaluronique. Fini moins intense que la vaseline pure.
- Beurre de karité — occlusif naturel avec vitamines A et E. Idéal pour le corps et les lèvres. Sur le visage — plutôt pour les peaux sèches.
- Vaseline + niacinamide — astuce futée : ajoutez une goutte de sérum à la niacinamide à la vaseline. La niacinamide renforce la barrière et régule la production de sébum, atténuant les effets secondaires potentiels de l’occlusion.
« Polish slugging » — notre approche
Au lieu de copier aveuglément les tendances de TikTok, nous proposons une approche rationnelle, adaptée à notre climat et à notre mode de vie :
- Nettoyage minutieux — double nettoyage (huile + gel) le soir. Aucun compromis.
- Sérum aux céramides — reconstruction de la barrière de l’intérieur. Les céramides sont le « ciment » naturel entre les cornéocytes.
- Fine couche d’occlusion — vaseline, squalane ou onguent réparateur. Vraiment fine — l’équivalent d’un petit pois pour tout le visage.
- Fréquence : 1–2 fois par semaine — pas tous les jours. En SOS, quand la peau crie à l’aide, pas comme rituel quotidien.
- Uniquement automne–hiver — dans le climat polonais, le slugging a surtout du sens d’octobre à mars.
Que disent les dermatologues ?
La plupart des dermatologues abordent le slugging de manière neutre à positive. La Dre Ranella Hirsch, dermatologue à Boston, le résume bien : « La vaseline est l’un des ingrédients les mieux étudiés en dermatologie. Le problème ne vient pas du produit — le problème vient d’un mauvais appariement avec le type de peau. »
Les dermatologues polonais ajoutent un contexte important : le climat tempéré fait que notre peau a besoin d’occlusion principalement en hiver. En été — rarement.
Vaseline vs cabinet : peut-on comparer ?
La vaseline est un excellent produit occlusif. Mais l’occlusion n’est qu’un des mécanismes d’hydratation — et le plus simple. Une hydratation professionnelle agit à plusieurs niveaux simultanément :
- Humectants (acide hyaluronique, glycérine) — attirent l’eau
- Émollients (céramides, lipides) — lissent et scellent la barrière
- Occlusion (vaseline, silicones) — retiennent l’eau
- Hydratation active (mésothérapie, sonophorèse) — apportent des actifs en profondeur
La vaseline coche ce troisième point. Un soin professionnel peut agir sur les quatre niveaux à la fois. C’est comme comparer l’aspirine à une thérapie complète — l’aspirine peut aider, mais ne traite pas la cause.
Le slugging est une astuce maline, économique et bien étudiée — mais il ne remplace pas une prise en charge professionnelle. Si vous voulez savoir si l’occlusion convient à votre peau et quel type d’hydratation vous convient vraiment — nous vous invitons à une consultation chez J'ADORE INSTYTUT. Nos spécialistes évalueront l’état de votre barrière cutanée et proposeront une stratégie d’hydratation adaptée à vous.





